À partir d’une image originelle, photographiée ou historiée, dans laquelle le paysage et tout particulièrement la mer, tiennent un rôle clé, en tant que lieu de métamorphoses et d’impermanence, Agnès Cappadoro fait naître des séries hybrides mixant images et sculptures.

Ses propositions visuelles donnent lieu à des installations qui invitent le spectateur à se mettre en mouvement pour les appréhender. Le mouvement perceptible dans l’image trouve ainsi un écho dans le balancement provoqué involontairement chez le spectateur qui, d’une vision scopique, est invité à entrer dans le détail de l’œuvre, dans son volume ou son dessin. Semblable au ressac, son va-et-vient convoque l’idée d’un flux et reflux incessant et le fait cheminer dans l’œuvre.

Le vocabulaire plastique développé s’appuie sur des manipulations de photographies et de papier, contraint, découpé, plié, collé et sur des formes géométriques de base dans une approche graphique, tantôt minimale et épurée, tantôt théâtrale ou cinématographique. Ces éléments sont rassemblés et reconstituent par un long travail de teintes, de couleur et de formes un dessin cartographique élaboré au préalable.

La pratique d’Agnès Cappadoro se fait méticuleuse, solennelle et solitaire, à la recherche du geste juste, répété inlassablement et nécessitant une grande précision, une grande concentration. Cette forme spécifique de patience, qui se fait matière autant que le papier, donne alors naissance à des œuvres hybrides, à la frontière de l’architecture, du cinéma, du décor, où les paysages reconstruits demeurent insaisissables ; où les images sont autant de propositions utopiques que « d’images en devenir ».