Se confiner…

Les désirs et la réalité

Il y a quinze jours, j’avais décidé de sortir de ma zone de confort ! Moi, qui travaille à la maison, je me trouvais trop isolée (ironique, n’est-ce pas ?)… J’avais décidé d’aller faire un voyage professionnel au Maroc, une semaine de dessin et de tissage dans un atelier de la Medina de Fès. Je m’étais fait un programme de travail en amont et en aval de ce voyage et j’étais plein d’une saine énergie ! Une exposition se préparait pour juillet… Tout était frémissant et quasi déjà printanier ! Ça c’était les désirs…

Et puis la réalité a pris le pas sur les désirs… Brutalement. Alors, avant d’aller plus loin, je tiens à préciser à quel point j’ai conscience de bénéficier d’un confinement de luxe ! D’abord, il ne me change pas beaucoup, ce qui simplifie grandement la chose. Ensuite, je vis dans une maison en banlieue, la foret est au bout de la rue, mon voisinage est sympathique, mon quartier est tranquille. Enfin, je n’ai pas d’enfants, pas de classe à faire à la maison, pas de programme à faire réviser, pas d’explications à donner à des bambins enfermés comme des lions en cage, sans leurs copains et subissant la peur qui règne sans la comprendre. Je suis vernie ! Ma seule ombre au tableau est que mon compagnon, lui, travaille dans l’alimentaire, et part tous les matins au charbon ! Quand il rentre le soir, je glisse furtivement la main sur son front, l’air de rien… Mais il n’est pas dupe… Non vraiment, je ne me plains pas !

Mais ne pas se plaindre n’est pas ne pas voir…
Je suis comme tout le monde. Inquiète et dans la suspension du temps… Je vois que ce confinement, nécessaire pour les uns, ne va pas de soi pour d’autres et je l’entend… On n’a pas tous la même conception de la mort. Pour certains, les épidémies sont l’occasion d’une sélection naturelle. Pour d’autres, elle est carrément une aubaine…

je vois que pour nombre de gens, partout dans le monde, cette crise sanitaire, économique, sociale, mondiale, financière va avoir des conséquences dramatiques. Non seulement pendant mais aussi après la quarantaine. Et pour longtemps…

Déjà, des experts de tous bords nous promettent qui la révolution, qui la pénurie, qui le rebond d’une économie débridée et irrespectueuse du plus grand nombre, qui l’inverse… La valse des avis, des polémiques, la recherche de coupables, la désignation de responsables, le refus de la stratégie, son acceptation totale et sans condition ajoute à la confusion et à la perte des repères. Par pitié, les gens, arrêtez de donner votre avis sur les réseaux sociaux !!! Leur format ne permet pas l’analyse. Y donner son avis, c’est juste faire du bruit. C’est le royaume des chats mignons et des tutos maquillage. Si vous voulez penser efficacement, utilisez les bons canaux !

Ce qui est valable pour les uns ne l’est pas pour les autres… Et c’est entendable ! En temps de crise et celle-ci, personne ne pourra pas dire qu’elle n’est pas d’envergure, les personnalités multiples de tout un chacun se révèlent brutes de décoffrage et alternent dans des temps très courts. Dans une même conversation avec nos proches, nous les voyons passer par tous les états d’âme et chacun peut observer en lui-même ce tourbillon de personnalités d’habitude plus ou moins enfouies qui ressortent et s’expriment. En moi, la personnalité apeurée émerge parfois de façon tout à fait inattendue, vite rejointe par une personnalité plus combattive et plus déterminée et accompagnée de tas d’autres personnalités tout aussi déroutantes. Je parle bien de personnalités et non de sentiments… Car les sentiments dominants de ces personnalités s’accompagnent de tout un réseau d’autres sentiments très imbriqués les uns les autres et qui forment bien un faisceau complexe mais parcellaire. Ainsi je suis plusieurs en une et les autres aussi. Ce moment si particulier de notre Histoire révèle avec acuité ce qui d’habitude est masqué par les apparences et le vernis ou le moule social.

La Réalité et la fiction

Dans les premiers moments de cette crise, quand l’Italie, plus proche de nous, puis l’Espagne ont commencé à confiner leur population, j’ai eu l’impression, comme nombre d’entre nous, de me retrouver le jouet d’un scénariste de Hollywood ! Quand le confinement a débuté ici, j’ai carrément sauté dans le film « Contagion ». Hop ! C’est cool… le film finit bien. Mais en fait… Non…

Si la réalité semble bien avoir fort envie de ressembler à la fiction, il n’en est rien… Un film est un montage, un collage, une sélection… Le réel est infini, une trame où chacun est en interdépendance. Si au départ, on ne sait plus trop ce qui est du ressort du réel, on est vite obligé de constater que Tom Hanks ne va pas surgir, ni Bruce Willis, ni Silvester Stallone. Non. Ceci, soudain est ma réalité. Il va falloir faire avec. Quelque soit la forme qu’elle prend. Et je n’ai pas tellement la main sur le scénario, ce qui justement pose problème…

C’est le moment de puiser dans le stock d’outils que le développement personnel depuis quelques années s’efforce sans succès de clarifier*. J’ai lu une foultitude de livres de ce genre ! Mais au fond, de ces dizaines de livres, je n’ai retenu qu’une seule chose et je crois que c’est la seule qu’elle contient. Impermanence – Lacher prise – Instant présent.

Ces trois mots ou groupes de mots décrivent ce que chacun aujourd’hui est désormais OBLIGÉ d’expérimenter ! En l’espace de quelques jours, notre quotidien a basculé. Le choc est tel que ceux qui prétendent garder le contrôle le perde totalement. Evidemment, à l’échelle individuelle, ça parait plus facile (et encore on découvrira bientôt l’impact que tout cela aura sur les individus), mais à l’échelle internationale, Impermanence, instant présent et lâcher prise ça ressemble à déroute, urgence et improvisation !

Notre vulnérabilité connue et amplement étudiée est ici véritablement ressentie dans la chair. Et dans les grandes largeurs. Se confronter à elle, dans nos pays où le confort (relatif et inégalitaire) et la liberté (relative et inégalitaire) dominent, revient à se prendre un boomerang en pleine gueule. La mondialisation de cette crise renvoie l’humanité à son essence. Si on regarde la carte du virus sur un globe, on voit en action ledit virus attaquer une espèce. Une espèce dominante tout à coup fragile et totalement démunie, attaquée individuellement, économiquement, socialement. Une espèce dont le système entier déraille.

On me rétorquera que ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’humanité s’est trouvée confrontée à des épidémies similaires, qu’elle s’est constamment relevée (changée parfois) de ces coups du sort. Ah oui, mais moi, les gars j’y étais pas. Par contre, je suis là pour celle-ci et franchement, ça me sidère ! Biberonnée aux films catastrophes, je n’aurais jamais imaginé voir de mes yeux un jours des hôpitaux de campagne en Alsace et la quasi totalité du monde en shutdown ! Je la fais courte, j’aurais pu faire une liste plus longue des choses sidérantes auxquelles nous assistons.

Fiction ou monde nouveau ?

On me dira aussi que nombre de scientifiques, chercheurs en tous genres et penseurs de toute espèce ont prédit ce qui allait se passer. Ça ne rend pas ça tellement plus facile à vivre… Mais ça aide à relativiser. Et y réfléchir aide à passer le temps aussi !

C’est pourquoi je comprend, même s’ils m’agacent parfois quand ils polémiquent au lieu de proposer, dessiner, éduquer, transmettre, etc, ceux qui continuent d’y réfléchir et veillent au grain. Constater notre vulnérabilité, la subir en plein comme nous avons à le faire maintenant ne doit pas nous endormir, au contraire. Parce que nous sommes vulnérables, nous avons à veiller à nos intérêts communs. Sur tous les plans. En l’état actuel, la population est totalement soumise à la stratégie de ses gouvernants. Et ils nous ont montré qu’ils étaient prompts à tirer profit de crises de ce genre. Ayant hier replongé un nez dans « La stratégie du choc – La montée d’un capitalisme du désastre » de Naomi Klein, j’ai relu avec un œil nouveau les premières pages où elles décrit les stratégies économiques à grande échelle qui ont tiré parti de catastrophes et ont installé ce qui aujourd’hui semble responsable de la catastrophe elle-même. Vous me suivez ? Je suis pas trop claire. Lisez le livre ! Vous avez rien d’autre à faire en ce moment 😉 !

Aussi il va nous falloir être vigilants. Je ne suis pas gilet jaune, ni n’ai jamais été une militante de quelque cause que ce soit. Je ne prétend pas avoir eu raison. C’est mon mode de fonctionnement… Mais ce qui se passe aujourd’hui est une fantastique opportunité pour repenser le monde. Une page qui pourrait être quasi blanche à partir de laquelle il apparait possible de construire un monde nouveau. Il nous faut être créatifs et proactifs. C’est le moment où jamais de mettre en œuvre les alternatives. Malheureusement, la transition douce n’aura pas lieu. Il va falloir agir dans l’urgence et ne pas laisser cette action jouer contre les peuples. J’aimerais faire confiance à tous ceux qui, plus alertes que moi, avaient déjà préparé le terrain. Allez-y les gars, c’est maintenant qu’il faut refaire le monde !!!

Dans ce monde à repenser de zéro, ce serait bien de :

  • Écouter Greta Thunberg, parce que franchement shame on us !!!
  • Repenser le système en son entier avec plus de générosité et ça a l’air mal parti, parce que les pauvres… Bien c’est chiant ! Mais ah tiens, on s’en rend compte enfin et c’est carrément VISIBLE vu qu’on ne voit plus qu’eux dehors, ben ce sont eux qui sont en première ligne pour nous permettre de bouffer confortablement assis sur nos canapés ! Ce sont eux qui nous soignent, eux qui nous ravitaillent et putain, ce sont eux qui prennent les risques merde !!! Alors il va falloir faire beaucoup mieux que juste les laisser crever !!!!!**
  • Ne pas se contenter d »‘intégrer » les femmes au processus… Non, elles sont dans le processus, à part égale. Ne les obligez pas à crier. Elles murmurent déjà à l’oreille des chevaux…

Il y a évidemment tant d’autres choses à ajouter à cette liste… Peut-être que je la complèterai… J’arrête ici ce long article, sans trop savoir ce qu’il en est… Utile ou inutile aux autres, il me sert à moi de soupape de sécurité. Posées là, mes petites revendications me semblent moins illusoires… Et elles viennent s’ajouter à d’autres, qui je l’espère, par leur nombre et leurs interactions serviront à bâtir un monde nouveau… Sinon, nous sommes condamnés à revivre indéfiniment les mêmes scenarii catastrophes et nous ne sommes que du bétail confinable, des pions connectés à leurs ordinateurs. Méfions-nous des fictions qui ont été écrites, ne basculons pas dans la science-fiction… Ne laissons pas les puissants faire de nous de la chair numérique. Ne les laissons pas s’enrichir sur le terreau de milliers de morts sans enterrements. Ne les laissons pas reconstruire le même monde…

Sur ce, je vous laisse… Prenez soin de vous. Cette formule aujourd’hui, signe presque tous les mails que je reçois et remplace tous les « cordialement » et tous les « bien à vous »… Oui prenez soin de vous. Rassemblez vos forces parce qu’on n’en a pas fini !

* A ce propos, je me suis demandé si ce succès du développement personnel ces dernières années n’était pas déjà un signe des catastrophes à venir. C’est comme si le monde des idées, d’une façon floue et indéfinie avait essayé de nous aider, de nous préparer à ce genre d’événements. Je ne le dis pas très bien peut-être… Mais j’ai cette espèce de sensation (un peu facile après coup, peut-être…) que la profusion de ces livres aurait elle-même du nous alerter, en plus de tout le reste ! Cette idée qui était dans l’air et s’est diffusée, un peu comme un virus justement était peut-être un pressentiment… le monde des idées semble parfois un monde parallèle qui épouse les contours de nos réalités…

** Il y a notamment dans cette multitude de gens qui prennent soin de nous, des réfugiés que nous avons accueillis comme des chiens, des immigrés que nous avons forcé par notre attitude au communautarisme en les accusant de le vouloir alors qu’ils le subissent, des travailleurs précaires que nous avons méprisés. Et la liste est sans fin… Il va falloir sérieusement changer ça !!!

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