Réfléchir…

Mar 20, 2020 | 0 commentaires

Un paradoxe impossible

L’énorme et colossal paradoxe de notre situation de confinés, c’est qu’on nous demande de prendre soin des autres en s’en éloignant. Cela est particulièrement difficile à comprendre et à supporter. Comment ? On me dit de prendre soin de ma mamie sans aller la voir ? Comment ? On me demande de me séparer de mes enfants pour protéger une population d’un ennemi invisible… Comment ? On me demande de rester solidaire sans réunir autour de moi les gens que j’aime pour les protéger. Comment ? On me demande de rester en forme, de faire de l’exercice, mais je ne peux pas aller me balader en foret avec toute ma petite famille. Et… Il faut cesser de se voir et continuer de travailler ! Défendre l’économie qui nous a conduit là où nous en sommes ! Il faut que les plus pauvres et les plus précaires soient dehors et prennent des risques pour assurer les vivres et les fonctions vitales et soigner les malades ! Il faut maintenir le télétravail dans un monde où la quasi totalité des entreprises et des services sont en shutdown…La liste est longue des injonctions paradoxales de ce genre. Et dans ce nouveau monde où chacun d’entre nous est une arme potentielle qui s’ignore, il est vraiment très difficile de se faire une opinion éclairée…

Et puis…

Il y a la multitude de questions… Ces mesures sont-elles justes ? sont-elles appropriées ? Fallait-il instaurer la quarantaine ou jouer le coup de l’immunité de groupe ? Ce Covid-19 est-il le fléau qu’on nous dit ? La mort n’est-elle pas inéluctable ? Ne faut-il pas jouer la carte de la sélection naturelle ? Les masques manquent-ils vraiment ? Une pénurie est-elle possible ? Qui sont les véritables concernés ? Les vieux et les fragiles ? Le corps médical ? Qui devons-nous défendre ? Qui doit vivre ou mourir ?

Et puis…

De qui est-ce la faute ? Ah cette question est largement débattue sur les réseaux et dans les médias, avec une énergie qui ne se dément pas et qui fatigue à la longue (déjà au bout de 4 jours…)… De qui est-ce la faute ? Qui est responsable ? Qui faudra-t-il pendre dans la prochaine révolution ? Les gouvernants, les riches, les pauvres, les financiers, les actionnaires, les traders, les experts ? Pour ma part, mais c’est mon coté bisounours et ça n’engage que moi, je voudrais un grand pardon, une réforme sans précédent et des mesures intelligentes. Je rêve… OK.

Et puis…

Il y a le refus de l’autorité, l’incompréhension des mesures, la perception de ce qu’on pourrait croire un double langage, la méfiance envers les politiques. Tandis que nombre d’entre nous tremblent de refiler cette saloperie, d’autres la diffusent à qui mieux mieux, « parce qu’il faut bien vivre » et que de toutes façons, « ça touche que les vieux »… Mais comme tout est invisible, personne ne sait vraiment de quoi il est ou non responsable. Tandis que certains se plient à la discipline d’autres la défient. Les premiers passent pour de bons élèves trop dociles aux yeux des seconds, qui passent pour des brutes égoïstes pour les premiers. Et tout le monde a ses bonnes et mauvaises raisons d’agir comme il le fait, le peut, ou le veut. Qui a raison ? Ça va pas être facile de le savoir…

A l’issue de cette quarantaine, qui va durer beaucoup plus que 15 jours, on le sait déjà, la France (et probablement les autres pays) va connaitre un affrontement sans précédent. La quarantaine (et on n’en est qu’au jour 4) a déjà révélé beaucoup de choses. Les inégalités déjà largement dénoncées se sont exacerbées et ça va être de plus en plus visible, de plus en plus prégnant. Tandis que certains sont obligés de sortir bosser la trouille au ventre (ou simplement avec le regret de ne pas rester au chaud comme beaucoup), certains sont confortablement installés dans leurs maisons de banlieue (c’est mon cas) ou de campagne (en ayant délibérément pris le risque d’amener avec eux ce tueur invisible). Tandis que certains seront soignés, d’autres ne le seront pas. Tandis que certains sont soutenus, d’autres qui étaient déjà abandonnés le sont encore et toujours…

Tandis que tout un pan de la société qui alertait depuis des années sur des dangers de cette sorte éprouve une saine colère et un dégout profond pour ceux qui n’ont pas entendu, d’autres s’apprêtent déjà à reprendre leur vie exactement là où elle en était et projettent pour, après la quarantaine, de reprendre leur shopping, trader sur les marchés et recommencer à voyager, parce que « la vie ça doit être fun »…

Imaginer un monde nouveau qui ne soit pas le monde ancien…

Ca ne va pas être facile de reprendre nos vies, suspendues un instant. Ca ne va pas être facile d’imaginer un monde nouveau qui ne soit pas le monde ancien. Ca ne va pas être facile de dialoguer après tout ça…

D’abord, parce qu’avouons-le, on va être dans une merde noire. L’économie réelle de la France est à l’arrêt. Et la finance mondialisée est en train de dévisser. Cela entrainera des cascades d’emmerdements à tous les niveaux de la société, même dans les couches les plus aisées. Je ne suis pas assez spécialiste de l’économie pour en décrire les mécanismes, mais c’est juste une question de bon sens. Après un à deux mois d’arrêt total de nos activités, la plupart d’entre nous ne s’en relèveront pas ou s’en relèveront très différents de ce qu’ils étaient.

Se réformer

Se réformer est difficile. Sans menace imminente, les biais psychologiques nous empêchent de faire ce qui est bon pour nous au profit d’un plaisir immédiat. Mais aujourd’hui nous voyons la menace. Nous sommes complètement en son cœur… Et nous allons également voir nos forces. Aussi, il y a peut-être vraiment moyen de parvenir à cette réforme profonde. Il nous faut être vigilants, résilients et intelligents…

Nous disposons de nombreux jours pour y réfléchir (pour ceux qui ne sont pas submergés sous le télétravail anxiogène et les enfants ou les soucis)… Et de nombreux indices, notamment environnementaux nous indiquent des pistes pour l’avenir.

L’époque est grave mais paradoxalement passionnante. Elle nous pousse à réfléchir à ce qui est essentiel pour chacun, pour la collectivité, pour le monde…

Au cours de ces journées de confinement, je passe par nombre d’états antagonistes. Plutôt optimiste et pleine d’espoir, je peux rapidement tomber dans le pessimisme et l’inquiétude. Je n’ai pas tellement peur du virus en lui-même, pour moi-même ou pour mes proches, bien que j’y pense et que je m’en méfie. J’ai plutôt peur de ce qui va se passer pendant et après le confinement. Personnellement, j’ai opté pour l’obéissance durant la quarantaine et pour la décroissance radicale après, puisque nous la découvrons en direct live dés maintenant et qu’à part l’isolement social, je trouve tout à fait possible de renoncer à beaucoup de choses. Ce qui ne m’empêche pas de me poser des questions. Et de vous les proposer…

J’ai conscience que ces articles sont de peu d’interêt. Peu sourcés, peu développés… je m’en excuse. Je crains d’ajouter au bruit ambiant… Et « en même temps » (l’expression semble avoir le vent en poupe…), c’est la seule chose que je peux actuellement, là tout de suite, ce matin, faire… Poser les questions qui m’assaillent, qui m’agitent… De toute façon, j’ai si peu de lecteurs 😉 que je ne peux faire grand mal ! 😉

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